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janvier 2007
02. Un autre monde
Article rédigé par Labaeye Franck le 19 février 2007

UN AUTRE MONDE

Dimanche matin. Vite, vite, je suis en retard ! Direction le rond-point St-Luc. La journée sera belle : un soleil timide se drape encore dans les brumes de l’automne, signe de l’été qui tire sa révérence.

Je passe Pissotte, le rond-point, la forêt, la grande ligne droite avant Saint-Luc. Si au bout de la ligne dans le lointain je vois des silhouettes vêtues de blanc sauter frénétiquement d’un pied sur l’autre, c’est bon pour courir avec le groupe. Pour moi, ce matin, pas de planche de salut : personne à l’horizon ! Il est trop tard : je serai seul.

C’est parti ! Direction le barrage. Je cours depuis vingt minutes dans les petits sentiers. Le temps est doux, c’est un vrai plaisir. Mince ! mon lacet est défait. Halte technique.

Consciencieusement, je refais celui-ci, quand soudain j’entends « Hou hou ! hou hou ! » Une petite voix me parle. Je rêve ?

« Bonjour ! » Je me retourne. Assis sur un petit caillou, un petit être me regarde. Un lutin ! « Bonjour, je m’appelle Mathias. Toi je connais ton prénom c’est Frank ».

Ma surprise passée, je lui demande comment il me connaît. « C’est simple : le dimanche je te vois passer avec les autres et j’entends ton prénom. »

« Les lutins existent alors ? »

« Eh oui ! »

« Mais que fais-tu là ? »

« Je suis en mission pour mon village. Je cherche l’églantier sauvage qui est très rare pour faire des provisions pour l’hiver mais je me suis perdu. »

« Je vais t’aider, Mathias, nous allons retrouver ton village. Mathias, tu vas grimper sur mon dos et t’installer dans mon porte-bidon, OK ? »

« Frank, mais tu es grand, je ne peux pas monter, c’est trop haut. J’ai le vertige. »

« Bon, bon. Je m’agenouille, c’est mieux comme ça ? »

Doucement, Mathias monte dans ma main et dans un léger mouvement de rotation se retrouve délicatement installé entre ma barre de céréales et mes Kleenex en guise de coussin.

« Tu es bien, maintenant ? » « Oui, oui ! » « Allons-y ! » Je me redresse et reprends ma petite foulée.

« Pas trop vite ! ça secoue derrière. »

« Accroche-toi, Mathias ! »

« C’est formidable, quelle belle vue d’ici ! Je suis haut. Regarde, Frank, la petite grenouille à droite. D’habitude, je vois son ventre blanc quand elle passe au-dessus de ma tête. »

« Mathias, je ne veux pas t’ennuyer mais il faut que l’on retrouve ton village. »

« Ah oui ! j’avais oublié. »

« Tu ne serais pas un peu distrait, toi ? »

« Pardonne-moi, mais je vis une expérience formidable. »

« A qui le dis-tu ! »

Je cours dans les sous-bois au hasard quand soudain Mathias m’interpelle : « Je reconnais le chemin, waou ! Je suis sauvé ! Tu vas tout droit. »

Soulagés, tranquillement, nous cheminons. « Dis, Frank, pourquoi tu cours ? »

« Bien...parce que ça me plaît, ça fait du bien, c’est bon pour le corps et l’esprit. C’est aussi le plaisir de se retrouver, de partager un bon moment -oui, oui ! - et les autres pour la même chose je pense, mais parfois, c’est pour évacuer le stress ou pour oublier les soucis. Dans notre monde, la vie est parfois dure et cruelle, tu sais Mathias ! »

« Je comprends mieux maintenant pourquoi vous venez chez nous dans la forêt. Vas doucement, nous sommes bientôt arrivés. Stop ! »

« Pourquoi ? »

« Regarde derrière les petites branches. Penche-toi un peu, un peu plus. »

« Et là, émerveillé, je vois tout un petit village de champignons en guise de maisons. C’est extraordinaire, un petit monde vit sous mes yeux.

Tendant son bras et rehaussant sa poitrine « Je te présente Lutinville mon village » me claironne fièrement mon hôte.

« Je suis heureux de t’avoir amené à bon port, mon ami, car nous sommes amis maintenant. »

« Je te remercie, Frank. » Et en guise de notre amitié, fouillant dans sa petite poche, Mathias me tend un joli caillou tout rond, tout blanc. Emu, je prends mon petit présent.

« Il faut que l’on se quitte maintenant. » Je serre délicatement sa petite main.

« A bientôt Mathias ! » « A bientôt Frank ! Ne t’inquiète pas nous nous retrouverons. »

« Frank, Frank ! Lève-toi, il est 8 h, nous allons être en retard pour aller courir. »

« Courir ? Ah oui ! Je me lève, Gratienne », je réponds dans mon demi-sommeil.

Le petit déjeuner avalé machinalement, nous préparons nos bidons d’eau.

« Tiens, c’est quoi, ce truc dans ton porte-bidon ? un petit caillou blanc, il est joli. Tu l’as ramassé où ? »

Eh bien il était une fois dans la forêt profonde ............

Frank

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