janvier 2007 Vendredi 23 juin 2006, 14h, le minibus de la ville quitte Fontenay en direction de Nasbinals, petit village niché au fin fond de la Lozère, à environ 6h de route. Toute l’équipe est en forme (Marie-Jo, Philippe, René, Jean-Luc, moi et notre chauffeur Elodie). Nous - espérons être arrivés pour regarder le match France-Togo, seulement voilà, les petites routes sinueuses de l’Aveyron et de la Lozère font chuter très sérieusement notre moyenne. Heureusement, il y a la radio et dans l’ambiance du match, Elodie s’énerve un peu sur le volant et les actions du match influent sur la pédale d’accélérateur, de frein et sur la direction. Les passagers arrières sont malmenés (1 coup à droite, 1 coup à gauche, je freine....) Vivement la mi-temps !
On arrive ENFIN à Nasbinals et le petit camping municipal est presque désert. Les seuls occupants sont des coureurs comme nous. La nuit va tomber, il ne faut pas traîner. Et surtout on ne perd pas une minute de la 2ème mi-temps. La radio à fond, les portes du minibus grandes ouvertes : tout le camping peut suivre le match. On s’active à monter les toiles de tente et à préparer le repas. Ce soir, ce sera pâtes au saumon arrosées d’un délicieux bordeaux de St Pompain. Dîner, non pas aux chandelles mais à la lampe frontale ! Et puis en fin de soirée, les esprits sont apaisés, la France a gagné. On va bien dormir.
La lueur du jour est accompagnée d’un léger cliquetis régulier au-dessus de nos têtes : c’est la pluie sur la toile. L’envie de mettre le nez dehors n’est pas terrible. De toute façon il est trop tôt, j’entends les hommes qui ronflent encore sous la toile d’à côté.
La pluie s’arrête enfin, mais au sortir de la tente, le ciel est gris. Allez courage ! On déplie sa carcasse et on va se faire un super p’tit déj. D’ailleurs, René, notre boulanger, arrive avec du pain frais et des croissants auxquels on rajoute brioche et confiture. De quoi mettre tous ces athlètes dans une forme olympique ou presque. Puis une petite marche pour le réveil musculaire (2km) pour aller récupérer nos dossards au village et repérer le parcours pour Elodie qui va tenter de nous suivre avec le minibus.
De retour au camping, après un rapide repas qui a du mal à passer à cause du stress (c’est ma première très longue distance) je passe à la préparation de mon équipement. C’est du sérieux car je pars pour un minimum de 6h de course Surtout il ne faut rien oublier du matériel obligatoire : le k-way, la couverture de survie, le sifflet, 1.5 litre de boisson et la casquette.
13h45, le brieffing d’avant-course nous invite à la plus grande prudence à cause de la chaleur et de l’orage annoncé en fin d’après-midi. En raison de cette très chaude météo, les organisateurs ont rajouté 11 points d’eau sur le parcours alors qu’il en était prévu un seul au 21è km. C’est plutôt réconfortant.
14H : « ERA » retentit sur la place du Foirail, c’est le départ !
Une longue, très longue chenille humaine multicolore de plus de 1000 coureurs s’étire alors dans les alpages sauvages et vallonnés entre Nasbinals et Aubrac. Petit train-train obligatoire pour moi, car mon seul objectif est d’arriver à Laguiolle en essayant d’échapper au temps éliminatoire du 21ème km.
L’approche du village d’Aubrac (9ème km) est superbe. Dommage que le sentier évite le village, j’aurais bien fait un peu de tourisme. Surtout qu’on peut y déguster une délicieuse tarte aux myrtilles chez Germaine. Tant pis, je reviendrai.
Tiens ! Elodie est là, elle m’encourage. Elle va faire partie du décor tout au long de cette longue course car je vais la retrouver partout où elle pourra faire passer le minibus.
Les kilomètres s’égrainent alors doucement sur la voie romaine entre la Croix de la Vaysse (12ème km) et St Chély d’Aubrac. Je suis alors devant de magnifiques cartes postales avec une très belle lumière et de superbes points de vue à 360°. Le paysage est conforme au descriptif de la course « un décor de Mongolie et de Laponie » Superbe ! Je m’arrête quelques secondes. Je regrette de ne pas avoir pris l’appareil photo.
Je cours en compagnie de deux charmants coureurs d’Aix en Provence. Ils en sont à leur 2ème édition. Je reste avec eux car leur allure me va bien. Je discute et j’oublie mes jambes dans cette longue descente qui me conduit à St Chély d’Aubrac (21ème km). 2H45 de course ! Je suis dans les temps, je ne crains plus l’élimination. A ce grand ravitaillement, je m’accorde 10mn de pause. Je refais le plein de mon camelback, je mange un peu, je m’asperge d’eau, je discute avec les coureurs et les organisateurs. Cette halte se trouve en bas d’une très longue côte d’environ 1km, je repars donc en marchant. Et là, à mi-côte, fidèle au poste, Elodie a garé son minibus sur le bas-côté et elle marche avec moi dans la montée.Elle me donne des nouvelles des autres du groupe, on plaisante, on discute : un véritable ravitaillement du moral, et croyez-moi, c’est important car les jambes seules ne suffisent pas toujours à faire avancer. Elle s’est renseignée auprès des commissaires : jusque là, c’était l’échauffement, le plus dur reste à faire et je n’en suis pas encore à la moitié du parcours.
Mais je suis confiante, je me sens bien et sauf défaillance physique ou mauvaise météo j’arriverai à Laguiolle. Je vais donc continuer tranquillement car nous allons grimper sans arrêt pendant 7km (600m+) jusqu’à la Croix du Triadou, en traversant le petit village de Belvezet et son rocher volcanique (23èkm) où je vais revoir Elodie. Je ne sais pas comment elle fait, elle est partout !
A partir de là, j’ai vu beaucoup de coureurs en difficulté, à cause de la chaleur, de la fatigue, des crampes, des vomissements. Les organismes s’épuisent dans l’interminable montée, sous la chaleur. Les interventions des secouristes seront alors nombreuses sur cette 2ème partie du parcours. Nous apprendrons à l’arrivée qu’il y a eu + de 300 abandons. Tout cela n’est pas très rassurant. Je joue donc la prudence en marchant jusqu’au sommet de la Croix du Triadou (28ème km) car je n’ai pas envie de rentrer à Laguiolle dans une voiture rouge avec une lumière bleue et qui fait pin-pon ! Un peu de sérieux. Au sommet, c’est plus grave, il y a un coureur qui a un problème cardiaque et les secouristes préparent son évacuation sur Rodez.
Changement de paysage, nous traversons alors une forêt où ça vallonne sans arrêt mais où l’on peut se rafraîchir dans les nombreux ruisseaux.
Puis, rapidement, le temps change, l’orage menace. Quelques gouttes de pluie et un petit vent m’obligent à enfiler le coupe-vent. Certains coureurs s’enveloppent dans leur couverture de survie. L’approche des chalets du Buyssou (36ème km) est impressionnante. On arrive en haut d’une piste de ski (piste noire) qu’il faut descendre droit dans la pente sur un tout petit sentier. Il a plu, ça glisse. J’ai les cuisses qui brûlent et les orteils qui veulent sortir des chaussures. Ca fait très mal ! A la station, Elodie est là, les nouvelles de l’équipe sont bonnes.
Je retrouve mes deux compagnons d’Aix en Provence. Ils ont ralenti, ils sont fatigués et espéraient un peu que la course soit arrêtée à cause de l’orage, mais pas de chance pour eux il va falloir finir car l’orage s’est éloigné. Heureusement, car à ce stade de la course j’aurais été très déçue de devoir m’arrêter à cause de la météo.
Il reste encore deux montées. La dernière (120m+) va nous conduire jusqu’au Capel de Fer. Nous sommes alors au 41èkm et il faut monter sur un terrain difficile dans les alpages et les herbes hautes. Il faut assurer chaque foulée, sans cesse regarder ses pieds, rester concentrée, et avec la fatigue ça devient compliqué. Elodie est encore là et me dit que le prochain rendez-vous sera à l’arrivée. Ouf !.
J’attaque alors la folle descente sur Laguiolle au milieu des gentianes. Je vais devoir finir seule car mes deux compagnons décident de marcher, l’un d’eux est victime de crampes terribles.
Plus que 3 km ! L’Aubrac s’enfonce doucement dans la pénombre et j’aperçois alors les lumières de Laguiolle qui scintillent, là-bas, dans la vallée. J’y suis presque ! C’est rassurant, mais dans l’euphorie de l’arrivée je dois rester très vigilante jusqu’au bout et oublier la petite voix qui me dit « allez dépêches-toi, l’aligot va être froid ! »
Quand je rentre dans le village, après être passée près de la célèbre fabrique de couteaux, je croise René et Philippe qui vont à la douche. Jean-Luc est sûrement déjà tout propre et tout sec car il y plus d’une heure qu’il est arrivé. Bravo à lui, il est le 1er du club en 6h19. Comme elle me l’avait promis, Elodie va courir le dernier kilomètre avec moi. Je ne cours plus... je vole ! Et puis, là-bas au bord de la route, j’aperçois une petite étoile qui brille, c’est Marie-Jo qui m’attend, enveloppée dans sa couverture de survie.
Ca y est, c’est fini, j’ai réussi ! Je suis super contente.
« Non, rien de rien,
Non je ne regrette rien,
Ni le mal que ça fait,
Ni le temps que j’ai mis,
Tout ça m’est bien égal.... »
Je ne garde que le souvenir d’une merveilleuse balade que je referai volontiers.
Annie

Quelques chiffres de cette édition 2006 :
1100 coureurs au départ
797 coureurs à l’arrivée
Distance du parcours : très approximative : entre 44 et 47kms suivant les GPS
Dénivelé : environ 1600m+
Temps du 1er homme : 3h46
Temps de la 1ère femme : 4h57
Dernier coureur : 8h26
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